Doit-on être égoïste?

Le Larousse définit l’égoïsme comme l’attachement excessif porté à soi-même [ou à un groupe] et à ses intérêts, au mépris de ceux des autres.

L’égoïsme n’est pas une valeur moralement acceptable dans la société. Personne n’aime les égoïstes et personne n’oserait se qualifier comme tel.

Pourtant, nous sommes tous égoïstes.

C’est un fait, personne n’y échappe.

Il n’y a qu’à lire quelques proverbes pour s’en assurer!

Pourquoi sommes nous tous égoïstes?

La réponse est simple.

Nous le sommes parce que toutes les actions que nous accomplissions sont intéressées, sans exceptions. Nous agissons systématiquement dans notre propre intérêt.

Vous marchez dans la rue et apercevez un SDF. Il fait moins cinq degrés. Le SDF est gelé, il emmitouflé dans une couverture de fortune avec son chien. Etre témoin d’une telle misère vous fend le cœur; vous lui donnez le premier euro tiré de votre poche.

Vous pensez que vous êtes une bonne personne, que vous avez fait une bonne action et surtout, que vous n’êtes pas égoïste puisque vous vous êtes séparé de votre « fortune » sans rien demander en retour.

Ça ne change rien au fait que votre bonne action n’est pas désintéressée.

La pitié que le mendiant dégageait vous a fait culpabiliser; vous aviez honte de marcher devant lui avec votre manteau bien rembourré. Même si son malheur ne dépend pas de vous, vous ne pouvez vous empêcher de vous sentir responsable.

En lui donnant cette pièce, vous pensiez le soulager, alors que vous vous soulagiez vous-même. La preuve est que l’on se sent toujours mieux, plus léger après avoir fait l’aumône. Le mendiant se sent-il mieux pour autant? Je ne pense pas.

Certains rétorquerons: « Je n’ai pas fait ça pour me soulager. Je l’ai fait parce que je devais le faire. » C’est exactement la même chose. Si, dans ce cas de figure, vous n’aviez pas fait l’aumône, vous auriez eu la sensation de « faillir » à votre devoir.

Chaque bonne action est intéressé.

Sauver un homme qui menace de se suicider est également un acte intéressé; on suit la même logique. « Je ne POUVAIS pas le laisser faire ça. » Ce qui sous-entend: « Si je l’avais laissé faire, quel genre de personne aurais-je été. Comment pourrais-je me regarder dans un miroir? »

On en revient toujours à soi.

Il existe un autre cas de figure de ce que l’on pourrait appeler « l’égoïsme inconscient ».

On est égoïste sans le savoir tout en en accusant les autres.

Prenons un couple.

Le mari reçoit une mauvaise nouvelle du travail. Il va mal et ça se voit. Sa femme le trouve dans leur chambre, peiné; elle s’enquit de son malheur. Mais le mari ne veut pas en parler. Soit il a honte de la nouvelle, soit c’est trop personnel ou trop tôt pour en parler. On peut dire qu’il est égoïste dans le sens où il ne pense qu’à ses émotions en dépit de celles (la curiosité dans ce cas) de sa femme. Cette dernière lui fait remarquer qu’il ne « pense qu’à lui » et qu’il n’a pas « le droit de cacher ce genre d’information, dans un couple, on se dit tout. »

Qui est égoïste dans ce couple? Le mari qui ne veut pas parler ou sa femme qui insiste trop? C’est sa femme, c’est elle qui est égoïste. Désireuse d’assouvir sa curiosité et d’aider son conjoint (le fameux devoir, « je dois l’aider »), elle ne prend pas en compte ses sentiments qui sont bien plus légitimes que les siens; il n’y a que lui qui puisse juger s’il est prêt à en parler.

Le bon et le mauvais égoïste

Contrairement au bon et au mauvais chasseur, il subsiste une réelle différence entre le bon et le mauvais égoïste. Le bon égoïste œuvre noblement pour soi-même.

Vous êtes étudiant et vous passez dans quelques jours un examen crucial; vos journées sont vouées aux révisions. Un ami qui a finit son année vous demande de l’aider pour déménager. Vous refusez mais il insiste plusieurs fois avant de vous traiter d’égoïste qui « ne pense qu’à lui ». Personne n’accepterait ce reproche et tout le monde céderait et aiderait leur ami.

La réputation à plus de valeur que sa propre réussite…

Le bon égoïste aurait refusé et éteint son portable sur le champ pour ne plus être dérangé: « Certes, ce n’est pas très altruiste mais je dois impérativement réussir cet examen. » Le bon égoïste choisit d’être égoïste pour une noble raison (la nécessité), il sait pourquoi il l’est et n’aura aucun mal à s’expliquer si on le lui demandait.

Reprenons le même exemple, ce n’est plus un étudiant qui révise mais un étudiant avachi sur son canapé derrière la télé qui reçoit la requête de son ami. Il refusera prétextant d’être beaucoup trop occupé ce jour là. Il ne veut pas y aller et c’est son droit, mais la raison est la fainéantise, l’oisiveté. Si on lui demande la raison de son refus, il mentira, il n’assumera jamais ses vices. Il n’a pas choisi d’être égoïste, il l’est parce qu’il est dirigé par ses vices.

Lire aussi: Sur la brièveté de la vie

Ne soyez pas un mauvais égoïste

Puisque tous les choix que nous sommes amenés à faire son égoïstes, autant être un bon égoïste plutôt qu’un mauvais. Tant que vous avez votre « pourquoi » et que vous assumez vos actes, vous n’avez pas à vous laisser culpabiliser par la moraline de certains.

Etre un mauvais égoïste n’est pas judicieux

On pourrait penser que, si dans tous les cas de figure, nous sommes voués à l’égoïsme, alors autant se contenter d’être un mauvais égoïste, autant choisir la voie de la facilité.

La voie de la facilité est la voie la plus difficile. Je ne développerai pas mon propos dans cet article, je vous renvoie à cette vidéo inspirante que tout le monde doit voir au moins une fois dans sa vie.

On ne peut pas être un mauvais égoïste car nous vivons en société. L’égoïsme nuit à la société, il ne lui est pas utile, il est donc immorale et détesté par la société. Comme je l’ai dit plus haut, le mauvais égoïsme naît de vices et de mensonges. Plus on choisit d’être ce genre de personne, plus on se laisse diriger par ses vices et ses passions.

C’est un cercle vicieux.

Nous faisons des choses parce que nous devons le faire, et c’est très bien comme ça. Le devoir n’est pas l’ennemi de soi, ou l’ennemi de la liberté au contraire, le devoir nous libère de nos vices et nous rend meilleur en plus d’améliorer nos relations avec nos amis, nos collègues.

Voir aussi: Qu’est-ce que la liberté?

Vaut-il mieux être trop égoïste ou trop altruiste?

L’altruisme est le contraire de l’égoïsme, c’est le dévouement à autrui. Les définitions s’accordent à parler de désintéressement: on peut l’être matériellement. Aider sans attendre de salaire.

Dans ce cas, la satisfaction morale est notre unique rémunération.

Si on entend beaucoup dire « Tu ne penses qu’à toi, tu es trop égoïste. » on entend aussi souvent dire « Tu penses trop aux autres, tu ne penses jamais à toi. »

Que faire? Vaut-il mieux être trop égoïste et donc, œuvrer pour soi quitte à délaisser les autres ou aider les autres quitte à se délaisser soi-même?

Par excès d’égoïsme, ce n’est pas nous qui délaissons les autres mais les autres qui nous délaissent. Personne n’aime fréquenter un trop gros mauvais égoïste. Si l’altruiste se délaisse lui même, ce sont les autres qui iront naturellement vers lui en récompense des ses services.

Je ne prônerai jamais de situation extrême. Il ne faut pas être trop égoïste comme trop altruiste: ces deux cas de figure vous nuiront toujours.

Le mieux est de savoir doser et d’être capable de se justifier, pas aux autres, mais à soi-même. N’allez pas aider quelqu’un si vous vous empêchez vous-même de vous aider, et n’hésitez pas à aider quelqu’un lorsque vous devez le faire.

Nous ne faisons jamais rien de désintéressé, mais mieux vaut quelqu’un qui sauve une vie pour se sentir moralement mieux que quelqu’un qui la laisse mourir pour être en accord avec ses principes. Je généralise mais vous avez compris l’idée. Cet article est surtout une sorte de réponse à tous les donneurs de leçon, aux apôtres de la morale qui jugent les autres et se croient tellement supérieurs. Rappelez leur qu’ils ne sont pas aussi moraux qu’ils se l’imaginent et qu’ils sont, au contraire, des immoraux.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

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