L’art comme remède au poison de la vie

Nous avons besoin de l’art pour ne pas mourir de la réalité.
Friedrich Nietzsche

L’art, c’est compliqué. Les artistes sont compliqués, extravagants. Pour parler d’art, il faut s’y connaître, il faut avoir une grande culture. On ne comprend jamais ce que l’artiste a voulu exprimer dans son texte ou dans sa peinture. L’art, ce n’est pas pour nous…

Nous avons tous déjà entendu ou prononcé une de ces phrases. Dans le système scolaire, l’apprentissage et la pratique de l’art sont bornées à une discipline marginale appelée « Arts plastiques », qui ne répond jamais aux attentes des élèves.

En plus de ne pas les satisfaire, les arts plastiques sont enseignées de manière trop académique. On apprend des noms, des dates, des courants, mais personne ne nous apprend à regarder une toile, à l’analyser, à la comprendre.

Nous ne sommes jamais encouragés à donner notre opinion…

Cette matière est dispensée à raison d’une heure par semaine: comment les professeurs pourraient-ils transmettre la moindre passion?

C’est pourquoi les gens se foutent de l’art.

Un ami m’a un jour dit: « L’art, ça ne sert à rien. »

L’art n’est pas inutile. Qui peut vivre sans écouter de la musique?

L’art n’est pas apprécié à sa juste valeur à cause du manque d’éducation et des clichés qui en découlent.

L’art n’est pas une science

L’art s’étudie.

On peut faire des études poussées. A-t-on le droit d’en parler même si l’on ne possède aucune connaissance? Oui, et il faut en parler. On pense que la quantité de connaissances influe sur l’appréciation d’une oeuvre. C’est possible, mais que ce n’est pas toujours le cas.

Les connaissances ne sont pas tout.

Il y a une scène marquante dans le film Le cercle des poètes disparus. Un élève lit l’introduction d’un livre traitant de poésie. L’auteur propose de mesurer la qualité de l’oeuvre suivant une méthode précise; Mr Keating, professeur atypique, abhorre cette méthode.

« Il ne s’agit pas de mesurer de la tuyauterie, il s’agit de poésie.« 

En poésie comme en peinture, en sculpture comme en écriture, il peut y avoir de très bons académiciens qui maîtrisent la technique; mais qui ne transmettent aucune émotion.

les romains de la décadence
Une belle oeuvre n’est pas nécessairement une oeuvre charmante.

D’autres souffrent de lacunes techniques mais sont tout de même capables de vous transcender.

Si vous n’y connaissez rien en musique classique, ne jouez pas les érudits, rien n’est pire que de parler sans connaître, mais exprimez ce que vous ressentez; l’art est subjectif, tous les avis sont pertinents. Contrairement à la politique, où le ressenti n’a pas sa place; l’art vous permet de parler sans connaître.

Vous pouvez toujours vous former gratuitement sur Internet, acheter des livres, suivre des cours. Tout dépend de vos ambitions. Quoi qu’il en soit, n’ayez pas peur de donner votre avis.

Et surtout, n’hésitez pas à créer. Si vous en ressentez le besoin, alors retroussez-vous les manches et exprimez-vous!

L’art: utile ou frivole?

Pourquoi produit-on de l’art? Pourquoi décide-t-on de peindre ou d’écrire si ça n’apporte pas de plus-value financière?

L’art parle à notre esprit, à notre cœur. Bien loin d’être un simple divertissement, l’art a le pouvoir de nous élever jusqu’au firmament.

Nietzsche a écrit un aphorisme fantastique, criant de vérité pour ceux qui sont dotés de sensibilité.

Il s’agit de l’aphorisme 153, dans Humain, trop Humain:

« A un certain passage de la neuvième symphonie de Beethoven, il se sent planer au-dessus de la terre dans un dôme d’étoiles, le rêve de l’immortalité au cœur: toutes les étoiles se mettent à scintiller autour de lui et la terre descendre toujours plus profondément. Prend-il conscience de cet état, il sentira peut-être une piqûre profonde au cœur et soupirera après l’être qui lui ramènerait la bien aimée perdue, que l’on appelle Religion ou Métaphysique. C’est en de pareils moments que son caractère intellectuel est mis à l’épreuve. L’art rend le cœur lourd au penseur.« 

L’art permet de s’échapper du monde. C’est un voyage tellement puissant qui nous emmène tellement loin, qu’à l’instant où l’on en prend conscience, on est ramené à la réalité qui elle, n’est pas toujours magique. Ces escapades oniriques sont bien un remède au poison de la réalité.

l'art est-il utile?
La musique, la peinture ou l’écriture ont ce pouvoir de nous faire vivre nos rêves.

Il y a aussi le plaisir de créer du beau pour créer du beau et de contempler du beau pour la même raison.

L’être humain aime naturellement les belles choses. L’art égaye notre cœur comme il peut le noircir, parce que nous avons besoin de souffrance, de plonger dans nos abysses.

Voir aussi: Qu’est ce que la liberté?

Ecrire de la poésie, un roman, sculpter, peindre, danser: toutes ces expressions font parties des besoins essentiels de l’homme. Depuis que nous en avons les moyens cognitifs, nous avons laissé nos empreintes, peints des animaux, sculpté des statuettes, inventé des histoires…

Statuette allemagne
Cette statuette a été retrouvée en Allemagne: on considère qu’elle date d’environ trente mille ans.

Le besoin de créer, de s’exprimer et de laisser une trace est vital chez certaines personnes.

On ne peut pas toujours s’exprimer personnellement; on met alors nos mots dans la bouche d’un personnage de roman. C’est aussi un moyen de communiquer, un moyen d’être humain et universel.

Le poison de la vie

Pourquoi mourir de la réalité?

La réalité de la vie est elle si horrible?

Nietzsche n’a pas pour habitude de critiquer l’aspect méprisable de la vie. Il préfère en retirer toute la gaieté, toute la joie. Il privilégie l’envie de vivre au dégoût de la vie, de soi; il exècre l’ascétisme religieux et le désir de mort.

Il est partisan des pulsions de vie.

Il écrit dans le Gai Savoir, l’aphorisme 340:

« J’admire la vaillance et la sagesse de Socrate en tout ce qu’il fit, dit – et ne dit pas. […] Je voudrais qu’il ait également gardé le silence au dernier instant de sa vie, – peut-être appartiendrait-il alors à un ordre d’esprits encore supérieur. […] Il dit: « Oh, Criton, je dois un coq à Asclépios ». Cette « dernière parole » risible et terrifiante signifie pour celui qui a des oreilles: « Oh, Criton, la vie est une maladie! » Est-ce possible! Un homme tel que lui, qui a vécu gaiement et, aux yeux de tous, comme un soldat, – était pessimiste! […] Socrate, Socrate a souffert de la vie! »


Il écrit également cet aphorisme criant de vérité, toujours dans le Gai Savoir:

« De quels moyens disposons-nous pour nous rendre les choses belles, attirantes, désirables lorsqu’elles ne le sont pas? – et je suis d’avis qu’elles ne le sont jamais en soi! Nous avons ici quelque chose à apprendre des médecins lorsque par exemple ils diluent l’amer ou additionnent vin et sucre dans leur mélangeur; mais plus encore des artistes, eux qui travaillent continuellement en réalité effectuer de telles inventions et de tels tours de passe-passe.

S’éloigner des choses jusqu’à ce que beaucoup de leurs éléments échappent à la vue et que l’on doive ajouter beaucoup pour continuer à les voir […] : c’est tout cela que nous devons apprendre des artistes, en étant pour le reste plus sage qu’eux.

Nietzsche, comme tous les philosophes, est bien conscient que beaucoup de choses de la vie sont laides; sa critique de Socrate est un étonnement feint. Il sait pertinemment qu’il avait raison, que l’on souffre toujours de la vie, que la philosophie et l’art sont des moyens de l’embellir. L’art et la philosophie sont en quelques sortes deux drogues.

Mourir de la réalité c’est être dépressif, ne plus vivre mais seulement exister. Etre consumée par les mauvais aspects de la vie sans réussir à les supporter.

Voir aussi: Sur la brièveté de la vie

Un poème peut embellir la douleur d’une séparation.

Une peinture peut embellir une tragédie, rendre une situation banale charmante.

Edward Hopper
La solitude et la tristesse sont ici peintes avec un charme propre aux peintures d’Edward Hopper

Imaginez maintenant comment l’art pour redonner le goût de vivre à certaines personnes. Des gens tristes, fatigués de la vie, qui s’adonnent désormais gaiement à la beauté.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

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