Qu’est-ce que la liberté?

« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom! »
Manon Roland en montant à l’échafaud.

Introduction

Nous sommes d’avantage esclaves de nous-mêmes que nous le pensons; nous sommes plus esclaves de nous-mêmes que des autres.

Je distingue deux libertés: la liberté profonde et extérieure.

La liberté profonde est la maîtrise et le contrôle de soi; c’est par exemple la liberté de conscience. La liberté extérieure est celle dont nous jouissons par rapport aux autres; la liberté d’expression.

Mieux vaut disposer de la première que de la seconde; elle est plus dure à atteindre mais tellement plus savoureuse, c’est pour ça que les gens communs « choisissent » la deuxième option.

Découlent alors différents types de liberté: la liberté financière, liberté de se déplacer, liberté de s’exprimer, liberté de choisir son culte, son style vestimentaire…

Qu’est ce que la liberté et qu’est-ce qu’être libre?

Les deux premières parties seront traiteront de la liberté profonde, personnelle, intime; les deux dernières traiteront de celles qui dépendent de notre environnement.

I. Vouloir ce que l’on veut

Il est impossible d’atteindre la vraie liberté, la liberté profonde, personnelle, intime, si l’on est incapable de vouloir ce que l’on veut.

L’homme commun vit par procuration. Il vit pour ses parents, pour ses amis et pour ses ennemis. Arrivé à la quarantaine, il s’étonne que sa vie ne lui convient pas comme si… il avait mené celle d’un autre.

C’est la crise de la quarantaine: on pense qu’elle est inévitable, que tout le monde doit là traverser un jour ou l’autre. On rend inéluctable ce qui ne l’est pas.

On veut partir loin pour tout recommencer. Pour faire ce que l’on veut. Faire ce que l’on veut vraiment. Il faut avant ça vouloir ce que l’on veut vraiment.

Le quarantenaire se rend compte qu’il est trop tard pour prendre le large, il se fait une raison. « Ne t’inquiètes pas, on est tous passé par là, ça va aller mieux… »

On enterre ce mal dans le cimetière de notre esprit: mais les morts reviennent nous hanter.

Comment faire?

Il faut découvrir qui nous sommes, mettre sur la table ce que nous pensons aimer, nos passions, nos centres d’intérêt, le mode de vie que nous menons et celui que nous voulons mener.

J’ai discuté avec un ami à la fin d’une soirée.

Cet ami étudie la finance. Costume, cravate, souliers impeccablement cirés, il sait à quoi ressemblera sa vie. Café matinal, métro, analyses de graphiques, rapports sur la bourse entrecoupés de pauses café pour tenir le coup; le métro du retour honteusement bondé. Les journées se répètent.

Il est en couple depuis trois ans et demi. Sa relation devient de plus en plus sérieuse. Ils prennent un petit appartement dans le 10ème, aménagent leur lit douillet. Elle lui parle de mariage; il n’a jamais considéré la question mais qu’importe, il faut le faire puisque tout le monde l’a fait. Maintenant qu’il a sa situation, sa place, il doit jurer amour et fidélité éternelle et fonder une belle petite famille.

Je lui posais des questions sur son avenir.

Était-il content d’adopter un tel train de vie, est-ce celui qu’il a toujours désiré? Croit-il au mariage ? Que sait-il du mariage, de l’amour, de la famille? Est-il prêt à s’engager et surtout, a-t-il envie de le faire?

Si nous n’y avons jamais vraiment réfléchi; comment pouvons-nous mener notre barque? C’est impossible. On plonge pourtant tête la première dans les abysses après que nos proches nous aient convaincu de la valeur de cette option.

Si l’on n’est incapable de répondre par oui ou par non à ces questions, ou d’apporter une réponse claire et solide, c’est que l’on ne sait pas où l’on va.

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Mon ami ne pouvait pas apporter de réponses satisfaisantes à ces questions. Il venait d’en prendre conscience: la façon dont il tirait sur sa cigarette le trahissait.

Il se rendit compte que personne ne s’était inquiété de son avis. Qu’importe d’ailleurs, puisque c’est la seule chose à faire?

« Le mariage approche à grands pas, mais qu’est-ce que je sais du mariage moi? L’amour éternelle, les concessions, la vie de couple ad vitam æternam, vivre, penser, manger pour deux, est-ce pour moi? Les heures de pointe dans le métro, le café du matin et celui de la pause? Et Paris! est-ce la ville qui me verra mourir ou celle qui me fera mourir? »

Il faut les reconsidérer un par un comme l’a fait mon ami. Marcher pendant des heures et penser, réfléchir, peser, mesurer. Ecouter les expériences des autres.

Percez l’essence des choses pour savoir si ce sont celles dont vous avez besoin!

C’est une tâche compliquée, je ne vous le cache pas.

Reconsidérer et détruire ses anciennes croyances fait peur, c’est réellement terrifiant. C’est pourtant la plus noble manière qu’il a été donnée à l’homme de faire preuve de courage.

Le courage de combattre à la guerre mène à la mort; le courage de s’explorer mène à la vie.

Ce n’est pas un changement, c’est une renaissance.

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Découvrir et expérimenter, sans cesse. Comment juger sans connaître? Il y’a des choses que nous ne faisons pas à cause de nos préjugés, mais nos préjugés sont souvent la terre qui recouvrent un trésor.

Faire plusieurs allers-retours si nécessaire. Dans votre quête, vous allez apprendre à aimer quelque chose dont vous vous lasserez assez vite, mais que vous adorerez par la suite pour encore l’abandonner après. N’arrêtez pas de vous éprouver.

Le chemin vers la connaissance de soi est pavé d’embûches. Ne vous fixez pas comme objectif de ne pas vous tromper. Se tromper n’est pas une option, c’est une obligation. Personne ne peut vouloir ce qu’il veut sans s’être trompé au préalable, parce qu’en le faisant, il sait précisément ce qu’il ne veut pas.

On ne va jamais aussi loin lorsque l’on ne sait pas où l’on va.

C’est la raison pour laquelle peu de personnes savent où elles vont: elles craignent l’erreur. Elles restent avec leurs certitudes et vivent selon leurs habitudes, et non comme elles le désirent profondément.

On blâme ceux qui se trompent parce que l’on ne possède pas une vision à longue portée. On ne voit que l’immédiat. Tous les entrepreneurs échouent avant de réaliser leurs rêves. Leurs amis et leur famille les abandonnent lorsqu’ils échouent, redeviennent fidèles lorsque le soleil se lève enfin.

Ne pas écouter les autres: eux-mêmes ne veulent pas ce qu’ils veulent. Ils ignorent comment le déterminer. Dans notre exploration, nous sommes les seuls à être compétents.

Vouloir ce que l’on veut est le stade élevé de la connaissance de soi.

La nature récompense l’audacieux, le confiant et le persévérant; elle ceint leur tête d’une couronne de laurier que l’homme lambda perçoit comme une couronne d’épine. Voit-il que c’est lui en réalité qui porte une telle couronne?

Chercher à vouloir ce que l’on veut n’est pas que le premier pas vers la liberté; c’est le plus beau voyage de notre vie. Le voyage à l’intérieur de nous-mêmes, pour nous-mêmes. C’est également un voyage sans fin, on découvrira toujours des nouveautés.

Un tel voyageur prend le contrôle de son existence.

II. Choisir sa souffrance

Une fois nos véritables envies déterminées, nous devons savoir quelles seront nos futures souffrances, car il n’est pas de vie sans souffrances.

Lorsque l’on essaye d’aller mieux, on recherche généralement à faire disparaître la base de nos souffrances, ou au moins à les réduire au maximum. Ce n’est pas nécessairement la bonne chose à faire.

Ce n’est pas le nombre de souffrance qui importe, mais leur qualité et leur utilité. Il existe des souffrances inutiles et mauvaises.

Les autres nous permettent de vivre; en les ressentant, on valorise d’avantage les plaisirs de la vie. Par exemple, des penseurs grecs faisaient une longue et épuisante promenade avant de dîner frugalement.

Les souffrances nous font sentir vivant. On ne peut pas vivre sans et c’est parfois même une drogue; il y a des gens qui tombent amoureux de leur souffrance (voire par exemple le livre de Yann Moix). La souffrance peut être une drogue pour certaines personnes. Ce sont souvent celles présentant un caractère auto-destructeur.

Lire aussi: L’homme n’a pas besoin de bonheur, mais de souffrance

Les souffrances nous font également progresser. La souffrance est le seul moyen de dépasser ses limites et d’apprendre efficacement. Je vous donne un exemple assez trivial mais plutôt amusant.

Je me baladais un jour dans la forêt et cru reconnaître une plante déjà vu dans un manuel de botanique. Je m’abaisse à son niveau et la caresse pour m’en assurer. La plante me pique le pouce: il s’agit d’une ortie. La douleur fut telle que j’imprimai immédiatement dans mon esprit la forme de la plante et ne me ferait plus avoir. La douleur m’a été nécessaire pour apprendre.

Comment concrètement choisir sa souffrance?

Le choix de la solitude en est la parfaite illustration.

Nietzsche dit habilement:

« Lorsque l’on est seul, on souffre de la solitude. Lorsque l’on est entouré, on souffre de la multitude. Choisis ta souffrance. »

Si l’on choisi d’être seul, on pense toujours aux avantages que la solitude procurera, comme la tranquillité, mais jamais à la souffrance qui lui est inhérente, comme l’impossibilité de partager cette tranquillité.

Idem si l’on fait le choix d’être entouré, on concevra facilement les avantages, qui sont d’avoir des discussions, de rencontrer du monde, mais jamais les souffrances qui en découlent, comme l’excès de sollicitation, le fait qu’il faille supporter des gens que l’on apprécie pas, qu’il faille constamment gérer l’humeur des uns et des autres, faire attention à ce que l’on dit pour ne pas vexer…

En choisissant ses souffrances, on se pose la question ainsi: quelle dose de poison serait-je en mesure d’ingurgité?

Quand nous faisons un choix, il existe peut-être une seule souffrance, mais cette dernière peut se révéler trop contraignante, tellement toxique qu’elle empoisonne tous les aspects positifs de ce choix.

III. La liberté est relative

Il serait naïf de croire que la détermination de notre volonté profonde et nos choix de souffrances soient dus uniquement à ce que nous sommes fondamentalement, par essence.

Il y a toujours une part de la volonté des autres puisque nous aurons des aspirations différentes en fonction de notre situation financière et géographique. Je vous donne un exemple très simple.

Le choix de la tenue vestimentaire.

Un jeune homme vit en banlieue parisienne où la mode dominante est le streetwear (survêtement, casquette, baskets); sa façon de s’habiller sera dans tous les cas influencée par son milieu.

S’il s’habit à son tour en streetwear, ce n’est pas un choix (totalement indépendant), c’est surtout parce qu’il désire intégrer un groupe, être intégré socialement et ne pas se faire rejeter.

S’il opte, disons, pour le casual chic, c’est en premier lieu en réaction au streetwear: côtoyer tous les jours ce style vestimentaire le lasse, il désire également se démarquer. A nouveau, il pense que c’est un choix (totalement indépendant), alors que c’est un choix dépendant du style qu’il a toujours connu.

Le test parfait serait de mettre le même jeune homme dans 10 situations différentes (sans avoir la conscience qu’il vit ces 10 situations). La liberté totale serait qu’il fasse les mêmes choix, qu’il arrive aux mêmes conclusions malgré des expériences et des facteurs différents.

Cette expérience est impossible, on sait cependant que même le plus brillant esprit finit toujours par être influencé. La liberté est toujours relative

IV. La liberté n’est jamais totale

Notre condition d’être humain, et a fortiori, d’animal fait que nous ne serons jamais libres à cent pour cent.

La nécessité nous entrave.

Par nécessité, j’entends le besoin, la dépendance à quelque chose.

Je reprends un exemple pour illustrer mon propos.

Une femme est résolue à s’affranchir des diktats qu’impose la société: travailler pour vivre, payer ses impôts, aller faire ses courses, mettre de l’essence dans sa voiture, devoir parler et sourire aux gens…

Elle prend sa voiture et part vivre seule dans la forêt. Elle se construit une cabane rudimentaire avec quelques branches. La faim commence à la tirailler; elle va cueillir des fruits et des champignons.

Au bout de quelques jours, elle se rend compte qu’elle a quitté les diktats de la société pour retrouver ceux de la nature. Elle ne travaille plus pour payer son appartement, ses courses et son essence, mais elle travaille directement pour se nourrir, se chauffer, s’habiller, se loger.

Nous sommes toujours dépendants de nos besoins primaires. Le seul moyen d’y échapper serait de tout déléguer à un tiers qui s’occuperait de nos courses, de remplir notre fiche d’imposition… Il faudrait avoir une rente, amasser de l’argent sans travailler.

Se couper des choses de la vie, des choses qui font de nous un être humain, un animal, un organisme vivant est le meilleur moyen de ne pas vivre sa vie, et de seulement exister.

Lire aussi: La fuite du temps

Etre en couple restreint également la liberté. On vit pour deux, on doit faire des concessions, on devient de plus en plus dépendant l’un de l’autre.

On en revient au deuxième chapitre de ce texte, choisir sa souffrance. Etre en couple entrave la liberté mais apporte de la compagnie et de l’amour. Etre seul apporte la liberté mais prive d’amour et de compagnie.

Supporterons-nous mieux la servitude ou le manque d’amour?

Conclusion

Bien que la liberté soit relative et jamais totale, sa recherche devrait être un moteur de notre vie. La liberté est un concept, une valeur que tout le monde croit posséder, mais que peu possède vraiment.

La multitude ne vit qu’avec un « sentiment » de liberté qui est temporaire et ponctuelle.

  • Déterminer votre volonté profonde: il n’est jamais trop tard.
  • Choisissez votre souffrance.
  • La liberté est relative et incomplète, mais elle mérite que l’on s’intéresse à elle.

« Quel est ce grand dragon que l’esprit refuse désormais d’appeler son seigneur et son Dieu? Le nom du grand dragon, c’est « Tu-dois ». Mais l’âme du lion dit « Je veux! ».

Ainsi parlait Zarathoustra

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

6 commentaires sur « Qu’est-ce que la liberté? »

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