Faut-il avoir des principes et des convictions?

Nous sommes constamment sommé d’avoir un avis sur tout. Nous vivons à l’heure de l’immédiat, de l’information instantanée en continue; nous devons nous forger une opinion sur chaque événement.

Qui pourrait alors s’étonner de l’état d’instabilité dans lequel nous nous trouvons? Tout est changeant et trop rapide, on doit penser mais on ne sait pas quoi penser, tantôt nous sommes pour, tantôt nous sommes contre, nous croyons la veille pour abjurer le lendemain. Le monde change. Les croyances qui nous paraissaient intemporelles et universelles s’effondrent, tout ce qui faisait ce que nous pensions être s’envole, disparaît. Nous devons nous approprier de nouvelles idoles, de nouvelles idées, de nouvelles convictions, de nouveaux principes. Tout le monde a un avis sur tout et tout le monde se prétend expert. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer.

Les genres n'existent pas
Nous reconsidérons absolument tout. De la place de l’homme dans le monde à la détermination de la pertinence des genres.

Nous ne pouvons pas vivre sans principes, sans valeurs, sans croyances, sans certitudes et sans convictions. Mais toutes ces choses qui font ce que nous sommes sont amenées à changer un jour ou l’autre puisque, plus on avance dans la vie, plus on découvre, plus on expérimente, plus on apprend et donc, plus on change.

Une question fondamentale se pose alors.

Puisque nos principes et nos convictions sont amenées à changer avec le temps, comment pouvons nous considérer comme vraies des valeurs et des principes qui ne le seront probablement plus à l’avenir? Comment vivre avec ce paradoxe?

Je vais essayer de répondre à ces interrogations tout au longe de l’article, mais avant toute chose, il est essentiel de définir plusieurs termes afin de savoir de quoi nous parlons.

  • Certitude: « Sentiment qu’on a de la réalité d’un fait, de la vérité d’une idée. »
  • Conviction: « État d’esprit de quelqu’un qui croit fermement à la vérité de ce qu’il pense ».
  • Une subtilité subsiste entre ces deux termes, même s’ils sont synonymes l’un de l’autre. La conviction revêt un caractère plus personnel et moins absolu que la certitude. La conviction est légèrement teintée de croyance. Il est donc plus facile de changer de convictions que de certitudes.
  • Croyance: « Ce qu’on croit ; opinion professée en matière religieuse, philosophique, politique. » La croyance des choses qu’on ne peut pas (et que personne ne peut) véritablement prouver. A notre échelle, nous ne pouvons pas prouver scientifiquement que la Terre tourne autour du Soleil; les scientifiques le peuvent. On ne dit donc pas « je crois que la Terre tourne autour du Soleil » mais tout simplement « la Terre tourne autour du Soleil »; on n’a pas besoin de signaler sa propre conviction ou certitude puisque l’héliocentrisme ne souffre d’aucun doute scientifique.
  • Principe: « Règle définissant une manière type d’agir et correspondant le plus souvent à une prise de position morale. » On retiendra pour la suite de l’article les termes « Proposition fondamentale » et « Ce qui est à l’origine de […] ».

Quelle est la valeur de nos valeurs éphémères? Comment gérer cette aporie?

Deux possibilités s’offrent à nous.

Accepter cet état de fait.

Vivre avec ses convictions tout en sachant qu’elles ne sont qu’éphémères. Nietzsche accepte ce paradoxe et le trouve bon pour l’esprit. Ce n’est pas un simple choix. C’est une nécessité:

« Le serpent qui ne peut changer de peau meurt. Il en va de même des esprits que l’on empêche de changer d’opinion : ils cessent d’être esprit. »
Aurore

Garder les mêmes opinions est une mort de l’esprit. Pour les penseurs, ce cas de figure est impensable. L’esprit est ce que nous sommes, nous voulons à tout prix le cultiver; c’est d’ailleurs le moteur de notre vie.

Comprendre que c’est une nécessité nous dispose à accepter cet état de fait. Nos valeurs éphémères valent ce que valent les choses éphémères: elles ne sont utiles que pour un temps donné. Est-ce que le caractère fugace de nos valeurs fait d’elles de mauvaises valeurs? Non. Elles sont simplement obsolètes, ce n’est pas un terme péjoratif.

Comment accepter le changement
Le changement est une loi d’airain de l’univers.

Vous changez de portable lorsque celui que vous avez ne répond plus à vos attentes; cela signifie-t-il que c’est un mauvais portable, qu’il ne vous a pas fidèlement servi? Non. Il n’y a pas de raisons de dénigrer vos anciennes valeurs, vos anciennes conceptions (sauf si elles vous desservaient et vous empêchaient de progresser). Ça ne diminue pas leur valeur en soit, ça diminue simplement leur valeur dans le temps. Qui a décrété que les opinions et les convictions étaient destinées à être intemporelles?

Bon nombre d’opinions, d’idées et des certitudes sont propres à une période de la vie.

Les jeunes ont la conviction d’être « invulnérables ». Ils sont le plus enclins à prendre des risques inconsidérés, à tenter des choses qu’une personne âgée ne tenterait pas. Les jeunes sont moins prudents et plus entreprenants car ils ont la vie devant eux. Ils n’ont pas connu les échecs et les revers qui ont rendu les personnes âgées plus timorées et plus mesurées.

Les jeunes sont optimistes: ils sont convaincus que l’avenir apportera de bonnes choses.
Les personnes âgées ne sont plus aussi rêveuses: le monde ne changera pas, la vie est ce qu’elle est…

Mais le vieux était jeune, il avait alors des convictions de jeune!

Mais le jeune deviendra vieux, ils aura alors des convictions de vieux!

Chaque valeur en son temps!

Comment ne pas vieillir?
Le temps fera toujours son oeuvre; tant physiquement que spirituellement.

Les convictions dépendent de nombreux facteurs. La situation géographique ou financière par exemple. Un riche est ouvert sur l’avenir, il le conçoit sans crainte: la vie est belle et facile. Le pauvre craint les incertitudes du futur: la vie est grise et dure. Dès lors que le pauvre devient riche, il adopte ses paradigmes.

Il est alors plus facile d’accepter le caractère périssable de nos opinions.

Cet état d’esprit permet de désacraliser nos convictions et nos certitudes: nous les tenons souvent comme sacrées, intouchables, précieuses. Elles le sont tellement qu’elles font parties de nous.

C’est pour cela que les débats sont le plus souvent houleux. On ne supporte pas que l’on tente de détruire ce qui nous est sacré. Nous pouvons reconsidérer la valeur de nos valeurs éphémères: ce ne sont que des idées, des opinions mortelles, elles n’ont pas la si grande importance que nous pensions.

Selon Nietzsche, les certitudes, loin d’être sacrées ou précieuses, sont au contraire un danger.

Il écrit dans Humain, Trop Humain:

« Les convictions sont des ennemies de la vérité plus dangereuses que le mensonge. »

Et dans Ecce Homo:

« Ce ne ‘est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. »

On ne tue pas »dans le doute de », mais toujours « au nom de ». Au nom d’un dieu, d’une religion, d’une idéologie, d’une conviction. Si nous doutons, ne ne pouvons pas tuer puisque nous ne sommes pas sûr de faire ce qui est juste.

Lénine était convaincu de la droiture de l’action des bolcheviques. La Révolution Russe a engendré la guerre civile, les famines, les maladies, les milliers d’exécutions et de déportations dus à la Terreur Rouge. Malgré ça, il était sûr de bien faire. Winston Churchill a si justement dit de lui: « Son but était de sauver le monde, sa méthode de le faire sauter. » Nous connaissons l’adage populaire : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. »

Pourquoi les allemands ont perdu la guerre
L’endoctrinement des masses, qui n’est rien d’autre que de marteler l’esprit d’autrui de certitudes et de croyances inébranlables, a conduit aux pires horreurs du XXème siècle.

Enfin, il se peut également que l’on change de conviction pour y revenir finalement, après en avoir expérimenté d’autres. Toutes les convictions ne sont pas vouées à la destruction irrémédiable.

Accepter que la valeur de nos valeurs ne soit pas aussi élevée que nous le pensons engendre une nouvelle question.

Comment pouvons nous alors tenir une discussion, participer à un débat sur nos idées et croyances potentiellement éphémères?

Pourquoi débattre?

Changer d’opinion trop souvent nous décrédibilise. Cette versatilité renvoie une image d’homme sans conviction.

Débattre est un devoir. Si nous ne partagions pas nos idées par peur du changement, alors personne n’écrirait de livres, d’articles, de tribunes, personne ne s’engagerait en politique ou ne ferait de déclarations. Tétanisés par la peur du changement, nous n’aurions plus de vie intellectuelle: c’est la véritable mort de l’esprit.

Tout le monde hésiterait jusqu’à la fin de sa vie avant de coucher ses écrits ou de prendre la parole. On attendrait une certitude qui ne viendra peut-être jamais. C’est un peu comme vivre sans aimer par peur de souffrir.

Comment gagner un débat?
Débattre est une nécessité. Les politiciens ne participent qu’à des débats superficiels.

L’homme politique n’a pas le droit de changer d’opinions; on prendrait ça pour de l’opportunisme et c’est bien là son malheur. Il débat pour convaincre les spectateurs, pas pour convaincre son interlocuteur ou se donner une chance de changer d’idées.

Les politiciens sont encartés, ils appartiennent à un parti, ils ne peuvent pas du jour au lendemain changer de position. Comment s’étonner qu’ils soient guidés par leur ambition plus que par leurs convictions? Comment s’étonner de leur mort spirituelle?

Éprouver ses idées.

Il existe une période de maturation des idées à respecter. Si l’on peut tout à fait exprimer ses opinions tout en étant conscient de notre aporie, il faut donner le temps à ses nouvelles idées de faire leurs preuves, il faut les éprouver au creuset afin d’en juger la viabilité

Notre nouveau principe est susceptible d’être démonté par de solides arguments auxquels nous n’aurions pas réfléchi; soyez-sûr que vous opérez vous-mêmes cette destruction. Plus vous analyserez votre nouvelle conviction, plus vous la connaîtrez et plus vous serez en mesure de la défendre.

Proposer des idées vierges d’analyses vous garantira leur destruction par vos interlocuteurs.

Faites une sorte de crash test pour voir si elles s’en sortiront en conditions réelles.

Si l’on accepte pas cet état de fait, la deuxième possibilité consiste à lutter le plus tôt et le plus vite possible pour expérimenter un maximum de convictions. En d’autre termes, il s’agit de vivre sa vie en quelques mois…

Je ne pense pas que ça soit là bonne solution. En agissant ainsi, nous nous privons du plaisir de changer, d’apprendre sur le long terme et de constater sa propre évolution.

Comme écrit plus haut, il y a des principes que l’on ne peut pas comprendre si l’on est encore trop jeune, si l’on habite dans tel ou tel pays et si l’on est pauvre ou riche.

Accepter le changement, l’accueillir à bras ouverts, ne pas avoir peur de découvrir, de se tromper, de revenir un arrière, c’est ça aussi la beauté de la vie.

La vie est une longue aventure aux milles chemins; il n’y a pas de bons chemins mais il y en a de mauvais. Omar Khayyam écrivait:

« Il n’y a pas de vérité mais il y a des mensonges évidents. »

Il y a des sentiers qui nous mèneront assurément à notre perte. Tous les autres nous mèneront ou nous devons aller. Il y a autant de sentiers qu’il y a d’esprits.

On peut changer de certitude pour une autre en considérant la première comme ridicule et la seconde comme formidable. Un autre fera exactement l’inverse. Qui peut dire qui a raison?

Les principes et les méthodes: la règle à connaître.

Nous avons donc vu que le changement d’idées, d’opinions est inhérent à la vie; personne ne peut y échapper. Je considère tout de même qu’il y a des principes directeurs immuables et essentiels pour garder un cap cohérent.

Les principes directeurs resteront les mêmes tout au long de notre vie, mais nous pourrons changer la manière dont nous les appliquerons; une méthode se révélera meilleure qu’une autre.

Nous faisons rarement la distinction entre un principe et une méthode; elle existe pourtant et croyez-moi, la connaître risque de changer votre vie. Ralph Waldo Emerson nous en donne sa définition:

« Des méthodes, il y en a des millions, et même davantage, mais il n’existe que quelques principes. L’individu qui comprend ces principes peut choisir avec succès ses propres méthodes. Mais celui qui essaie des méthodes en ignorant les principes va droit dans le mur. »

Comment avoir des principes?
Choisissez des principes qui vous conviennent et gardez-les.

Pour revenir aux définitions partagées plus haut, le principe est une « proposition fondamentale » et « ce qui est à l’origine de […] ». Je vous donne un exemple concret.

On a conscience que l’on doit être respectueux, agréable avec les gens. Pour être ainsi perçu, on peut penser par exemple qu’il est impératif de toujours sourire lorsque l’on dit bonjour, s’il vous plaît, merci au revoir. On applique cette méthode au quotidien, mais on se rend vite compte que cette méthode incite les gens à se méfier de nous; ils apparentent votre sourire à un sourire de façade. Déçu, vous abandonnez votre principe initial et en adoptez un autre; celui d’être froid, refermé.

Ici, vouloir être gentil est le principe censé faciliter votre capacité à sociabiliser. Sourire est la méthode, le moyen d’être fidèle à ce principe. Cette méthode s’est révélée infructueuse, contre-productive. Celui qui ne fait pas la différence entre le principe et la méthode changera son principe initiale au lieu de changer sa méthode. C’est une erreur que beaucoup de gens font; vous ne la ferez désormais plus.

Si l’on constate que sourire constamment ne marche pas, décider de ne sourire uniquement lorsque l’on le désire réellement est une alternative viable. Les gens y verront plus de sincérité; ils vous feront confiance, vous trouveront agréable et souhaiteront créer des liens avec vous. Le principe est le même, seule la méthode a changé.

Déterminer des principes directeurs dans votre vie vous offrira le privilège de ne pas trop subir le paradoxe dont nous parlons. S’il vous arrive de douter d’eux, c’est peut être que la méthode que vous utilisez pour les appliquer n’est pas la bonne. Optez pour d’autres méthodes avant de reconsidérer vos principes.

Les principes seront toujours susceptibles de changer; appliquez ce conseil et vous réduirez drastiquement la probabilité d’une telle éventualité.

Ne soyez pas avare en apprentissage.

Il y a bien une chose dont je suis convaincu; il faut à tout prix varier ses sources. C’est le seul moyen de ne pas être prisonnier d’un dogme et de rester enfermé dans ses certitudes. Thomas d’Aquin disait: « Timeo hominem unius libri. Je crains l’homme d’un seul livre« . Sa crainte s’apparente au danger auquel Nietzsche faisait référence lorsqu’il écrivait que les convictions étaient les ennemis de la vérité.

Comment lire un livre par semaine
Diversifiez vos sources pour en dégager les meilleurs idées.

Plus vous diversifierez vos sources, plus vous en apprendrez sur plus sur tout. Le savant sait beaucoup de choses sur beaucoup de sujets, c’est un homme très cultivé. Tâchez de vous intéresser à tout, d’avoir de solides et larges connaissances sur les choses qui vous entourent.

Résumons en quelques points ce que nous avons vu dans cet article:

  • Nos opinions, idées et convictions sont destinées à changer.
  • Ce changement fait partie de la vie et est nécessaire.
  • On peut se tromper; l’essentiel est de suivre sa voie.
  • Débattre est important: il ne faut pas avoir peur de s’exprimer.
  • Éprouvez vos idées, c’est le seul moyen d’en connaître leur viabilité.
  • La différence entre un principe et une méthode
  • Changer la méthode mais pas le principe.
  • Diversifiez vos sources et prenez toujours du plaisir à apprendre, à évoluer.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

Un avis sur “Faut-il avoir des principes et des convictions?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :