La fuite du temps

« Le temps est le grand art de l’homme »
Napoléon Bonaparte

Le temps et sa fuite sont les sujets de prédilection des poètes, des écrivains, des philosophes, des penseurs, et plus généralement de tout homme et de toute femme. On se plaint qu’il passe trop vite ou au contraire trop doucement. Rares sont les maîtres de leur temps. La multitude subit le temps qui passe, elle n’est que son sujet maltraité. L’esprit libre se fait souverain de son temps; qui domine le temps domine sa vie.

A force de chercher à exercer une influence sur les autres, on oublie de l’exercer en premier lieu sur soi. Plus un homme agit en despote avec ses pairs, plus il est esclave de soi-même. Dominer le temps est la seule tâche à laquelle nous devons le plus sérieusement travailler.

A travers ce court essai, je décrirai le caractère du temps et de sa fuite, son pouvoir dévastateur mais aussi sa grande utilité et miséricorde. Je répondrai ensuite à des questions philosophiques d’ordre pratique; les réponses permettront d’avoir une autre vision du temps, de bien juger pour bien faire.

En complément de cet article, je vous présenterai Sur la brièveté de la vie, du stoïcien Sénèque; un des livres qui m’a le plus transformé.

Le temps est un voleur
Le temps n’est qu’un voleur; il n’est rien de moins que cela. Le temps prend notre temps, il nous le dérobe, nous en sommes délestés sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Il est 16:53 lorsque je débute cette phrase, il est déjà 16:54 lors que je la termine. Le temps est passé; sans m’avoir demandé mon avis, le temps a fait son oeuvre, ou plutôt, sa basse oeuvre. Les gens ont une mauvaise relation avec le temps précisément parce que ce dernier se comporte comme le pire des despotes; il prend, sans consentement et surtout, sans rien donner en retour. Le temps ne survit que de rapines et de razzias, sans jamais se soucier du mal qu’il peut causer.

pourquoi le temps passe vite
Le temps est un voleur

Le temps tue les bons moments
Le temps tue les bons moments que nous passons avec nos proches, nos amis, ou même ceux que nous passons seul. Les bons moments se terminent plus vite que les moments banales ou douloureux, pénibles. Dès lors que nous prenons conscience du plaisir que nous éprouvons, par exemple, à nous retrouver avec les gens que l’on aime, nous savons inconsciemment que les minutes se travestissent en secondes, les heures en minutes…
Le temps raccourcit nos expériences agréables.

Le temps passe sans que nous le remarquons
C’est terrible de le remarquer. Cette amère impression de ne pas avoir vu sa journée passée, que les vingt-quatre heures se sont écoulées comme ça, sans témoin, procure une sensation d’inaccomplissement, de vide: c’est une journée gâchée qui sera déjà oubliée le lendemain. Qu’on tente de se rappeler ce que l’on a bien pu faire: en vain. Vingt-quatre heures se sont envolées. On ne les reverra plus jamais. Il n’y aura plus jamais de 16 décembre 2018 ou de 15 juin 2019. Il y aura d’autres 16 décembre et d’autres 15 juin, mais jamais de la même année. Chaque jour est unique, la perte de chaque jour devrait est une lourde perte, aussi douloureuse que la perte d’un être chère… Heureusement, nous ne concevons pas ainsi les jours du calendrier; notre insouciance nous garde d’une déprimante vérité.

Nous sous estimons trop l’action du temps
Il suffit de constater notre comportement au quotidien. Futilités et bêtises: voilà à quoi nous nous occupons. Si seulement nous savions à quel point le temps passe vite, à quel degré de pillage il s’adonne, nous arrêterions de perdre nos journées et nous commencerions à vivre, je veux dire, à vraiment vivre. Vivre comme si demain, nous devions mourir. Faut-il constamment mettre le danger, la mort et l’horreur en face de l’homme pour qu’il prenne enfin conscience de sa vie et de sa valeur?

Mais comment lui en vouloir? L’homme ignore le temps qui lui est alloué; on le force à être optimiste. C’est peut-être le seul domaine ou l’homme s’autorise à l’être; son espérance de vie. Les cheveux tombent, les muscles s’affaiblissent, les articulations rouillent et grincent, la vue baisse, on devient plus craintif… On se regarde dans le miroir, on se dit que tout va bien, qu’on a encore le temps. Le temps de faire ce que l’on veut et ce que l’on aime.
Combien de regrets sur les lits de morts?

comment rentabiliser son temps
Nous ne comptons pas les jours qu’il nous reste; de toute façon nous n’en avons aucune idée

Le temps est la vie
Le temps est la vie. Le temps et la vie ne sont en rien deux choses différentes, mais bien une seule et même chose. On appelle le temps la vie (et non pas l’inverse) puisque la vie n’est que le remplissage du temps alloué plus ou moins aléatoirement. La seule différence est une subtilité sémantique: le mot vie englobe l’aspect « sentimental » de ce que nous appelons la vie, tandis que le mot temps n’est que l’aspect « technique » de ce que nous appelons la vie. La fin du temps est la fin de la vie. L’agonisant sur son lit de mort supplie pour un délai, pour un crédit céleste: il implore plus de temps, parce que le temps est la vie. On dit communément: « A-t-il, lorsqu’il a vécu, fait telle ou telle chose? » On devrait plutôt dire: « A-t-il eu le temps de faire telle ou telle chose? » On se demande si un tel a profité de sa vie, s’il a bien vécu, tandis que l’on devrait se demander s’il a profité du temps qui lui était imparti, s’il l’a bien rentabilisé.

La vie se compte en année, donc en temps. J’ai 22 ans, j’en ai 57, et moi 75. On se définit comme jeune, comme vieux, ces derniers pensent tirer leur sagesse du temps qui a fuit…
Dès lors que l’on comprend que le temps est la vie, que l’on ne sépare plus ces deux concepts, alors il devient impossible de continuer à ruiner son temps, puisque perdre son temps, c’est perdre sa vie.

C’est la seule chose sur laquelle nous n’avons aucune influence
Nous ne pouvons rien faire contre le temps si ce n’est le rentabiliser. La fuite du temps fait partie des choses sur lesquelles nous n’avons aucune influence, nous le subissons ou nous nous adaptons. Il faut être capable de danser avec le temps.

La pire chose dans la vie est de ne pas avoir le temps
Le temps est la vie: qui est reconnaissant envers la vie doit être reconnaissant envers le temps. Ne pas avoir le temps, c’est ne pas avoir de vie; c’est la mort.
Un proverbe arabe dit: « Si tu n’as pas le temps, c’est que tu es déjà mort.« 

Tout le monde est égale devant sa fuite
Tout le monde n’est pas égale devant le temps en lui même, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la durée de vie, mais tout le monde est égale devant sa fuite. Un riche qui passe un bon moment avec ses amis dans un bar branché souffrira de la même manière de la fuite du temps qu’un pauvre s’arrosant au PMU. Le riche a une espérance de vie plus élevé que le pauvre. C’est la seule inégalité qui subsiste. Une fois la journée de travail terminée, le riche et le pauvre peuvent décider librement s’ils danseront avec le temps ou s’ils se laisseront mener par lui. C’est là une des rares égalités parfaites qui subsistent dans notre monde.

Le temps peut au contraire passer très doucement
Si le temps peut fuir à grande vitesse, il peut également traîner des pieds. Contrairement au temps meurtrier des bons moments, le temps s’acharne également à prolonger les mauvais, semblables à un corps semi-cadavérique maintenu en vie le plus longtemps possible par la volonté morbide de sa famille.

Un chagrin d’amour qui dure un mois en paraît cinq, les journées sont lourdes, les aiguilles de l’horloge sont indifférentes à nos peines. Dans ces moments-là, le temps est un terrible ennemi, on le maudit. Par ailleurs, le lien entre la malédiction du temps et un certain dégoût de la vie confirme que le temps, c’est la vie.

Un excès de temps conduit à l’ennui, l’ennui conduit aux vices
Une journée sans occupation est une journée où le temps passe sans but, il semble donc inutile, désuet, de la même manière que la vie est vide lorsqu’elle n’est pas guidé par un but. Le temps est la vie. Privé d’objectifs et de perspectives, nous nous ennuyons. Si l’ennui peut conduire à la vertu et à l’accomplissement de grandes choses, il conduit le plus souvent aux vices, à la dégradation et à la négation de la vie. Dans ce cas de figure, le temps est également un ennemi.

Quel paradoxe! Avoir beaucoup de temps, c’est être libre; qui aurait pu penser que cette liberté, valeur la plus noble, puisse porter sur ses ailes un si terrible fardeau?

Tuer le temps ou vivre l’heure?
Tuer le temps, c’est se suicider. On tue le temps parce que l’on s’ennuie. On détruit ce que l’on possède de plus précieux pour se divertir. Imaginez un chercheur d’or qui s’amuserait à jeter des pépites d’or dans un lac parce qu’il en possède en trop grand nombre… Si nous ne voulons pas nous suicider, nous devons apprendre à vivre l’heure. Partant de ce constat, vivre l’heure n’est plus un simple moyen de lutter contre l’ennui, vivre l’heure devient une nécessité, un formidable sursaut de notre instinct de survie, puisque l’autre choix, tuer le temps, revient à se tuer soi-même. Pour celui qui a compris ça, vivre l’heure s’impose de fait. La nécessité a toujours été le moteur des découvertes, des grandes œuvres, des exploits humains et surhumains; l’ennui ne l’est que très rarement.

comment profiter de la vie et être heureux
Vivez votre vie et profitez-en

Peut-on rattraper le temps perdu?
Chaque jour est unique et ne réapparaîtra jamais; c’est la dur loi d’airain de la vie. Cependant, en arrêtant de gâcher son temps et donc sa vie dès aujourd’hui, on peut arrêter de perdre inutilement ces uniques journées qui s’offrent à nous. En honorant ces futurs jours, vous pourrez, en quelque sorte, racheter ceux que vous avez perdu. Il n’est jamais trop tard pour vivre.

Qu’est ce que perdre son temps?
Personne ne définit précisément ce qu’est perdre son temps; sa définition est pourtant simple et claire. Perdre son temps, c’est en premier lieu s’adonner à une action destinée à l’oubli. A quoi bon lire tel livre, regarder tel émission, telle vidéo, telle discussion, si vous savez pertinemment qu’aussitôt le livre refermé ou la télé éteinte, vous n’en aurez plus aucun souvenir. On ne peut pas toujours prédire à l’avance la futilité de quelque chose, mais c’est possible. Faire quelque chose vouer à un oubli immédiat ou quasi immédiat est une perte de temps. Mais il n’y a pas que le travail dans la vie.

Si vous voulez sortir avec des amis par exemple, faites en sorte de passer une soirée que vous garderez en mémoire le plus longtemps possible. Sortez avec des gens intéressants, ne buvez pas trop, rencontrez du monde, osez, discutez de tout et de rien. Sortir uniquement pour s’enivrer et tout oublier le lendemain est l’art de perdre son temps.

Est une perte de temps ce qui n’est pas utile. Après une longue et dure journée de travail, on ne veut surtout pas ouvrir un livre compliqué ou suivre une émission sur la politique: on aspire à la détente. On met Netflix et on se laisse aspirer par une série un peu idiote ayant pour unique but de nous divertir. Une fois la série terminée, on n’en parlera et on n’y pensera plus, mais ce ne fut pas une perte de temps puisque son visionnage fut utile sur le moment, il nous a permis de nous détendre et d’être en forme le lendemain pour travailler aussi dur et aussi longtemps.

Il y a un temps pour tout dans la vie. Un temps pour apprendre et un temps pour se détendre de cette apprentissage, pour se refroidir l’esprit, se reposer, profiter des moments simples. Le terme utilité est à comprendre au sens large: faire une balade pour se vider l’esprit ou au contraire pour penser, contempler, prendre le temps de s’allonger sur son lit et faire quelques respirations, se perdre un peu sur Internet. Toute chose à son utilité propre: il ne faut pas abuser de leur consommation.

Qu’est ce que prendre son temps?
Prendre son temps n’est pas perdre son temps; la majorité des gens est plus prompte à le perdre et à s’en plaindre qu’à le prendre et à s’en réjouir. Prendre son temps, c’est préférer une petite marche à la sortie du travail plutôt que de prendre le bus, le métro ou la voiture. Prendre son temps, c’est s’autoriser à s’attarder sur des détails, tailler un bout de discussion avec un inconnu.

Le Parisien (et a fortiori, tout habitant de grandes villes de pays développés), est le plus incapable et méprisable à ce sujet. Le Parisien est capable de courir dix fois dans la journée pour ne pas rater son métro, de déjeuner en vingt minutes, d’utiliser des abréviation pour s’exprimer plus vite, de prendre une trottinette pour faire deux cents mètres, de ne vouloir changer son mode de vie pour rien au monde, de grimper dans un Uber et de dire au pauvre chauffeur: « Vous savez, c’est terrible, on ne prend plus le temps de rien aujourd’hui ». Si vous prononcez régulièrement ces paroles, c’est que vous êtes un esclave du temps qui passe.

Comment prendre son temps
La contemplation est le meilleur moyen de prendre son temps.

Pourquoi regrette-t-on le temps passé?
Le malheur de l’homme réside en ceci: bons ou mauvais moments, on regrette toujours le passé. On regrette les premiers parce que l’on souhaiterait les revivre, on regrette les seconds parce que l’on aimerait y retourner y changer quelque chose.
En faisant quelques recherches, je suis tombé sur un article d’un autre blog que vous pouvez retrouver ici qui résume assez rapidement un livre écrit par une infirmière accompagnant des malades jusqu’à leur mort. Le livre relate les regrets avoués par les patients en phase terminale. Au bout du compte, les regrets sont les mêmes: manque de courage dans une situation, trop de travail et pas assez de temps avec la famille…

Mais puisqu’on regrette d’une manière ou d’une autre le temps passé, pourquoi essayer d’y changer quelque chose? Parce que regretter un bon moment est toujours plus plaisant qu’en regretter un mauvais. Le regret d’un bon moment s’apparente à de la nostalgie, qui, en quantité limité, n’est pas un sentiment toxique.

Ceux qui disent que la vie est courte ont-ils raison?

« C’est à tord que les hommes se plaignent de la fuite du temps en l’accusant d’être trop rapide, sans voir qu’il s’écoule à la bonne vitesse. »
Léonard De Vinci

Mathématiquement, le temps s’écoule de la même manière tout le temps, en tout lieu et pour tout le monde (dans des conditions physiques normales). Ce n’est pas la vie qui est courte, qui passe vite, mais plutôt ses étapes qui s’enchaînent rapidement. L’époque de l’école primaire, le collège et le lycée est déjà terminée qu’on se retrouve propulsée pour quelques années à la fac, qui elles aussi, apportent son terrible lot de changements: premiers partenaires, premières fois, premiers voyages, premières folies ça et là, premier diplôme, construction d’un couple…

Une fois la fac terminée, on trouve un travail, on loue un appart, on achète une voiture; on se retrouve dans la vie active en un rien de temps. On commence à mener la vie que l’on va mener jusqu’à notre mort, là, maintenant, sans qu’on l’ait vu venir…

Il faut rentabiliser son temps, vivre sa vie, mais hélas, le temps est un voleur, et on ne peut rien faire contre lui…

Les étapes de la vie
Déjà plus enfant, presque plus adulte, bientôt mort.

Le temps: très bon allié, terrible ennemi
Le temps est donc un terrible ennemi puisqu’il est invincible d’une part, trop puissant de l’autre. Il emporte tout sur son passage sans nous demander notre avis. C’est un tyran avec lequel il faut savoir vivre. Si l’on est intelligent, on le transformera en allié. En général, on manque de temps pour être avec nos proches ou pour travailler. Lorsque vous avez trop de temps, allez voir vos amis et passez un bon moment. Sinon, mettez-vous derrière votre bureau et travaillez deux, trois, voire quatre heures à votre projet. Vivez-votre vie ou investissez dans votre futur. Ce sont les seuls moyens de faire de votre temps un allié, et, par la suite, d’en devenir le maître. Celui qui contrôle son temps contrôle sa vie, celui qui contrôle sa vie est un homme libre et heureux.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

2 commentaires sur « La fuite du temps »

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