Qu’est ce qu’être philosophe?

Avant de parler d’un quelconque sujet, il convient toujours de définir les termes desquels nous traiterons.

Qu’est ce que la philosophie ?
Étymologiquement, la philosophie désigne l’amour de la sagesse. On raconte que c’est Pythagore qui se serait désigné par modestie « amoureux de la sagesse » ou « ami de la sagesse » lorsqu’on le qualifiait de sage. Aucun philosophe n’aurait de toute façon la prétention de se considérer comme sage (comme très intelligent ou très érudit surement). Ils conviennent tous n’être que des amoureux de la sagesse.

Qu’est ce que la sagesse ?
Définir ce concept est compliqué, puisque la sagesse repose sur des considérations subjectives. Néanmoins, les philosophes et l’imaginaire populaire s’accordent à dire que la sagesse est l’absence d’excès, mais également la prudence, un certaine conception et application de la justice, du discernement, de l’éthique. En bref, le sage est mesuré et prudent, il ne se précipite pas dans son jugement.

On considère aussi que le sage a compris les choses de la vie: « il connait la vie ». Il a du passer par beaucoup d’épreuves et expérimenter beaucoup de choses; c’est pourquoi un vieillard fait toujours office de sage. Dans les contes, lorsqu’on nous raconte que « un homme gravit une montagne pour aller rencontrer un sage », on pense systématiquement à un vieillard, au crâne chauve sauf sur ses pourtours et portant une longue barbe blanche. Il peut aussi être aveugle; attestant qu’il a déjà tout vu.

Comment devenir intelligent
Un sage paraît plus crédible s’il est asiatique…

Si la philosophie n’est que le chemin qui mène vers la compréhension de la vie, cela signifie que la philosophie n’est que le simple fait de penser. Dans ce cas, n’importe quelle personne qui réfléchit un minimum, qui procède au moins de temps en temps à une introspection est philosophe.

Pourquoi tout le monde n’a pas le titre de philosophe? Qui décide qui est un philosophe?
Est-on philosophe par le temps consacré à cette activité, par le fait de vivre de ses écrits, de devenir un professionnel de la pensée? Le philosophe est il quelqu’un qui invente forcément de nouveaux concepts? L’édition de 1998 du Petit Larousse qualifie le philosophe de « penseur qui élabore une doctrine, un système philosophique ».

Je reste cependant attaché à celle de William James: « La philosophie est la plus banale et la plus noble occupation de l’Homme. » Dans ce cas tout le monde est philosophe, mais par définition, ce n’est pas le cas. Quel mot peut concilier la philosophie et l’universalité de sa pratique? Selon moi, le mot penseur idéal.

Le penseur Rodin
Pourquoi Rodin a-t-il baptisé son oeuvre Le Penseur et non Le Philosophe? Surement pensait-il lui aussi que le premier terme incarne un caractère beaucoup plus universel que le second.

Quelle différence entre un penseur et un philosophe?
La première différence que je vois en premier lieu est que le penseur pense en dehors des doctrines philosophiques, tandis que le philosophe s’y réfère constamment.

La philosophie existe en tant que discipline: il y a des professeurs, des écoles, une méthodologie et des spécialistes (les philosophes justement). Est selon moi philosophe celui ou celle qui choisit de vouloir maîtriser cette discipline (en connaissant les doctrines et en créant la sienne en suivant les méthodologies enseignées). Le philosophe a pour ambition de compiler ses pensées dans un livre, sous n’importe quelle forme (maximes, aphorismes, apologue, dissertation, dialogue…) afin de diffuser sa doctrine dans le but de devenir une référence que d’autres philosophes suivront.

Le penseur quant à lui ne se sent pas obligé d’étudier la philosophie (en tant que discipline) pour se mettre à penser. Sa pensée s’oriente vers des sujets qui le concernent directement, il aime ce qui est pratique et ne consacre pas vraiment de temps ni d’intérêt à l’abstrait. Il peut bien évidemment lire des livres, de la philosophie pour essayer de mieux comprendre un sujet, d’enrichir sa pensée. Les écrits philosophiques sont pour lui des ressources supplémentaires, non la base de sa pensée. Il ne cherche pas à infirmer une autre théorie ou à révéler les erreurs d’une doctrine avec laquelle il n’est pas d’accord.

Evidemment, la philosophie et sa pratique ont bien évolué au fil du temps; un philosophe grec du cinquième siècle avant notre ère n’avait pas les mêmes caractéristiques, les mêmes ambitions ni le même mode de vie qu’un philosophe des Lumières par exemple. Je suis tombé sur un site assez intéressant que vous pouvez retrouver ici.

Hegel qualifiait Socrate (le père de la philosophie) de « vrai philosophe ». Il disait qu’il a vécu sa philosophie et que cet aspect a fait de lui un vrai philosophe. Socrate disait lui même: « Etre philosophe ne consiste pas à savoir beaucoup de chose mais à être tempérant. » Hegel prétend alors que la philosophie a perdu sa signification originelle après être devenu un « enseignement rétribué ».

La sagesse ne réside pas dans le nombre de livres lus: les meilleures pensées que j’ai eu m’ont traversé l’esprit lors de ballades en forêt.

Je suis d’accord avec Hegel. Pour revenir à mon propos et le résumer, un philosophe est un professionnel de la philosophie de la même manière qu’un politicien est un professionnel de la politique. Ce n’est pas une conception péjorative.

André Comte-Sponville écrit dans son Dictionnaire philosophique: « Le philosophe, pour tous ceux là [Schopenhauer, Nietzsche, Alain…], ce n’est pas quelqu’un de plus savant ou de plus érudit que les autres, ni forcément l’auteur d’un système; c’est quelqu’un qui vit mieux parce qu’il pense mieux, en tout cas qui essaye. » Il cite ensuite Descartes, dans son discours de la méthode : « […] il suffit de bien juger pour bien faire […].
Cependant, je doute fort que Nietzsche soit partisan du principe « bien juger pour bien faire »; pour autant que je sache de lui via mes lectures, je ne pense pas que ce fut son ambition (en tout cas pas première). Quoi qu’il en soit, je me retrouve dans cette définition du philosophe, et donc, du penseur.

Bien juger pour bien faire. La philosophie a une double utilité, la seconde découlant de la première: elle nous donne les éléments, les clés, parfois les méthodes pour « bien » penser, analyser, juger. Cette notion de bien est évidemment subjective, je vous dirais pour ma part qu’il suffit de ne pas être victime de paralogismes et de toujours rester réaliste dans ses analyses. Une fois le bon jugement en main, nous sommes aptes à bien agir. La philosophie permet donc de mener une vie saine, juste, modérée et heureuse.

Laissez-moi vous donner quelques exemples concrets. Le livre de chevet des stoïciens est Le manuel d’Épictète. Le premier aphorisme de ce manuel résume en bonne partie le stoïcisme:

« Il y a des choses qui dépendent de nous; il y en a d’autres qui n’en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions: en un mot, toutes les œuvres qui nous appartiennent. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est notre corps, c’est la richesse, la célébrité, le pouvoir: en un mot, toutes les œuvres qui ne nous appartiennent pas. »

Si vous avez compris ne serait-ce que ce premier aphorisme, si vous le faites vôtre et l’incarner, soyez sûr que votre vie changera. Vous serez capable de savoir sur quoi vous avez de l’influence et sur quoi vous n’en avez pas. Et inversement: vous reconnaîtrez les choses qui ont de l’influence sur vous, et celles qui n’en ont pas. Ainsi, vous pourrez travailler à améliorer les premières et à oublier les secondes. En faisant ça, vous serez beaucoup plus efficace dans votre travail, et plus serein dans votre vie.

Les informations télévisées et les journaux regorgent d’événements désagréables et horribles. Un crime a été commis en Angleterre, un attentat en Afghanistan, un suicide en Russie… C’est triste, mais vous n’avez aucune influence sur ces événements; vous ne pouvez absolument rien y faire, rien y changer. Pourquoi vous polluer l’esprit avec? Partant de ce simple constat, la diète médiatique vous sera extrêmement bénéfique.

Il y avait un moment où je suivais constamment les médias, regardais le JT de 20h, les débats sans fin sur telle ou telle problématique… ce fut l’époque la plus déprimante de toute ma vie. J’avais souvent des migraines, je n’arrivais pas bien à me reposer, à dormir, mon esprit était saturé d’informations déplaisantes, de problèmes, de peurs qui ne m’appartenaient pas; je portais un terrible fardeau sur mes épaules.

Lorsque je pris mes distances, je me rendis compte que tout alla mieux. J’étais plus heureux et plus optimiste. Cela ne veut pas dire qu’il faille se voiler la face et être sourd à toutes ces douleurs; il faut y faire face ne serait-ce que pour être conscient de la chance que nous avons. Il ne faut simplement pas s’en rendre malade.

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Je me sentis vraiment libre lorsque je fis ma diète médiatique. Aujourd’hui encore, je garde ma mémoire et mon énergie pour des informations qui me feront progresser.

Le stoïcisme m’a donc appris (en plus d’un millier d’autres choses) à savoir ce qui m’influençait et ce que j’étais capable d’influencer. Ce sur quoi j’avais un pouvoir. C’est ce que disait Bouddha « Apprends à reconnaître ce qui entrave ta progression ».

Sur l’amour, c’est Nietzsche qui m’a appris certaines subtilités… L’amour déteste le changement et le détruit systématiquement pour conserver intact la personne aimée, l’amour (contrairement à l’amitié qui est une valeur supérieur selon Nietzsche) est égoïste…
Toujours d’après Nietzsche, aucune action n’est désintéressée; faire le bien et faire le mal est exactement la même chose puisqu’au final, on cherche seulement à avoir de l’influence sur une personne, à montrer qu’on a une autorité sur elle.
Parfois, on cherche à faire mal pour le simple plaisir de faire mal, les « esprits malades » cherchent à attirer les « esprits sains » dans leur maladie (Généalogie de la morale)…

Je possède des carnets remplis des aphorismes de Nietzsche, mais nous verrons ça dans un article qui lui sera dédié…

En somme, toutes mes connaissances m’ont permis de mieux appréhender la vie, de me protéger, de m’imposer, de profiter de certains moments et de m’en créer d’autres, uniques et authentiques… Elles m’ont aussi permis d’avoir des discussions extrêmement intéressantes, mêmes avec des gens avec qui je n’avais rien en commun. Aristote a résumé tout cela bien mieux que moi, et c’est probablement la chose qui m’a été le plus utile dans la vie.

« La philosophie m’a appris ceci: ce que je fais sans que l’on me l’ordonne, les autres le font par crainte par crainte de la loi. »

Cette liberté de pensée est le plus beau cadeau que la philosophie m’ait fait.

Pour conclure, nous pouvons dire que:

  • La philosophie est l’amour de la sagesse, que la sagesse est la connaissance de la vie, de ses particularités mais aussi la modération et la prudence en toutes choses.
  • Que tout le monde, en tant qu’amoureux ou ami de la sagesse est philosophe.
  • Qu’il subsiste cependant une différence plus que sémantique entre un philosophe et un penseur.
  • Le philosophe est un professionnel de la philosophie en tant que discipline; il a pour vocation de mettre en place une doctrine, un système de pensée et de le diffuser. Tout le monde n’est pas philosophe.
  • Le penseur quant à lui ne cherche pas à innover, à créer quelque chose; il réfléchit sur les éléments qui influenceront sa vie. Il cherche à mieux penser pour mieux agir en priorité.
  • La philosophie n’est pas une affaire de connaissance. L’essentiel est de vivre sa philosophie. Il vaut mieux avoir une philosophie « simple » que l’on peut appliquer au quotidien qu’une philosophie « intelligente » certes, mais « complexe », que l’on peut difficilement mettre en oeuvre voire, ne pas l’appliquer du tout.
  • Cependant, les philosophes et les penseurs ont en commun qu’ils sont amis de la philosophie.
  • Je me considère plus comme penseur. Les idées des philosophes me servent de ressources, mais de pas sources.

Le plus important est la liberté d’esprit. Que vous vous sentez philosophe ou penseur, n’arrêtez jamais d’être libre et surtout, de vivre votre philosophie.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

3 commentaires sur « Qu’est ce qu’être philosophe? »

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