La philosophie de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy

ATTENTION: Cet article n’a pas pour but de faire la promotion de ce personnage politique; je souhaite mettre en lumière des éléments qui m’ont semblé intéressants, indépendamment des actions ou de la politique de l’ancien président.

Le service public français est médiocre. Les émissions ne présentent aucun réel intérêt, les sujets sont abordés de manière superficiel, l’idéologie des journalistes vient systématiquement polluer le contenu, spécialement lorsque celui-ci peut se révéler intéressant. Néanmoins, il est possible de trouver de temps en temps des reportages ou des interviews de qualité.

Celui dont j’aimerais vous parler aujourd’hui est le passage de Nicolas Sarkozy sur le plateau de « C à vous« , le 4 septembre dernier. L’ex-président a été invité pour faire la promotion de son dernier livre, « Passions », dans lequel il relate ses souvenirs de sa vie politique et revient sur ces fameuses passions qui l’on conduit à s’engager dans la vie politique. Plus qu’un simple livre de politicien en fin de carrière classique, Nicolas Sarkozy a pour ambition de se révéler lui même, d’ôter sa carapace, d’être honnête.

En règle générale, ce genre de livres et d’interviews, entre un politicien retiré de la vie publique qui se confesse et un journaliste ne m’intéresse pas du tout. Le politicien reste dans son rôle, répond en Normand, répond à moitié aux questions et détourne le sujet; trente minutes de vent. Cependant, il faut reconnaître (et ce, à nouveau, indépendamment de son parcours politique), que Nicolas Sarkozy est éloquent, qu’il sait parler, convaincre, incarner un personnage qu’il se crée pour vous emmener là où il le désire. Un de mes professeurs l’avait un jour comparé à Marlon Brando à son apogée.

Nicolas Sarkozy sur le plateau de C à vous
Nicolas Sarkozy sur le plateau de C à vous.

En suivant son passage à la télé, je dois avouer que je n’ai pas vu le temps passer. Sans réussir à me convaincre sur son passé, il a su développer ses idées d’une manière intéressante et intellectuelle. Pourquoi? Parce qu’il ponctuait son discours de teintes philosophiques. Il revenait systématiquement sur des concepts, des petites phrases qui vous font réfléchir. Était-ce prévu? Un habile conseiller en communication lui a-t-il apporté toutes ses références pour faire de Nicolas Sarkozy un homme sage, éclairé, réfléchit? Peut-être, c’est même probable, mais cela ne nous intéresse pas.

Ça ne nous intéresse pas puisqu’au lieu de s’interroger sur son honnêteté, nous ferions mieux de savoir si les principes qu’il évoque sont bons et surtout, si nous pouvons nous les approprier, les utiliser afin de progresser et devenir meilleur.

Dans cet article, vous trouverez mon analyse de son passage à « C à vous », avec le minutage correspondant aux moments intéressants. Vous retrouverez le lien de l’émission à la fin de cet article; vous aurez tout le loisir de dénicher d’autres idées et de les partager dans les commentaires.

2 minutes 23: « La vie, n’est qu’une longue tentative pour partager des émotions. »

Nicolas Sarkozy reconnait assez humblement que partager des émotions n’est qu’une tentative, c’est une entreprise difficile qui ne peut pas toujours réussir et que, malgré ça, il faut continuer à le faire, quitte à échouer. Aucun être humain ne peut vivre sans ressentir des émotions et sans les partager.
Avez-vous vu le film Into the wild ? Cris, un jeune homme en quête de vérité et dégoûté par la société, entreprend de vivre dans la forêt, comme un ermite. Je ne vais pas vous spoiler le film, mais l’enseignement final qu’il reçoit, est que « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ».
C’est une très grande et très belle leçon de vie. Vivez votre vie, avec ses peines et ses joies, mais soyez toujours entouré de gens qui vous sont chers, que vous aimez. Les mauvais moments, et donc les mauvaises émotions que vous vivrez avec eux vous endurciront et vous souderont pour les années à venir. Les bonnes émotions quant à elles, vous feront toujours chaud au cœur; vous penserez aux temps révolus avec plaisir.
Vivez et partagez!

4 minutes 20: « Si les gens nous font confiance, et attendent de nous [quelque chose], ce n’est pas pour qu’on leur demande ce que nous devons dire. »

Nous pouvons appliquer ce principe pour avoir un meilleur leadership. Il y a toujours des situations dans la vie où nous nous retrouvons (parfois malgré nous) leader.
Si j’avais connu ce principe il y a quelques années, j’aurais pu avoir un bien meilleur leadership et une influence bien plus forte.
J’étais responsable d’une commission étudiante lorsque je suis entré à la fac. C’était un poste bénévole sérieux et plein de responsabilités. Je n’avais jamais vécu une telle expérience auparavant, et une de mes grandes faiblesses (qui est paradoxalement aussi une de mes grandes forces), réside dans le fait que j’ai besoin d’expérience pour mener à bien un projet. A la tête de cette commission, je ne comprenais pas que les gens attendaient quelque chose de moi. Je manquais de confiance et pensais que je n’étais pas légitime. Je ne prenais pas beaucoup de décisions: je faisais confiance pour m’épauler à ceux qui étaient censés avoir confiance en moi pour monter le projet. Au fur et à mesure, je posais plus de questions que je n’entreprenais, le peu de légitimité que j’avais s’évaporait et je passais pour un indécis, voir pour un incompétent aux yeux des autres.

Comment devenir un leader
Le leader dirige, il est digne de la confiance que lui attribue le groupe.

Fort de nouvelles expériences, je sais désormais assumer mes nouvelles responsabilités sans attendre d’aide extérieur. Si je dirige le projet, c’est que les gens me font confiance et ce sont eux qui sont en attente. Ils posent les questions et je répond, et plus jamais l’inverse.
Pensez à toutes ces fois où on attendait de vous d’être le leader. Avez-vous assumé vos responsabilités ou, avez-vous comme moi il y a quatre ans, délégué votre devoir à d’autres? Peut-être est-ce le cas en ce moment même? Gardez en tête qu’il n’est pas trop tard. Si vous ne répondez pas aux attentes de ceux qui vous font confiance et attendent de vous des résultats, intégrez ce principe et appliquez-le dès aujourd’hui!

10 minutes 52: « Pour chacun d’entre nous, il y a un début et une fin. »

C’est une vérité universelle totalement reconnu, n’importe qui peut s’en rendre compte. Je l’ai tout de même noté puisque qu’elle constitue un rappel important et que le contexte dans lequel Nicolas Sarkozy s’exprime est intéressant. Anne-Elisabeth Lemoine évoque la passation de pouvoir avec François Hollande en 2012; ce dernier ne le raccompagne pas jusqu’à sa voiture (ce qui constitue un geste politique important).
Nicolas Sarkozy confesse qu’il n’a plus de rancœur envers son successeur et admet même, que durant la passation de pouvoir entre lui Jacques Chirac, il se vit lui même dans le triste regard de son prédécesseur. Il en conclut alors qu’à ce moment là, il comprit qu’il vivrait la même chose, et qu’au final, son mandat n’est qu’éphémère. S’il a vraiment pensé ça à ce moment tel qu’il le raconte, il faut reconnaître que c’est un grand moment de lucidité assez rare, surtout chez les politiciens.
Lorsque l’on gagne, que l’on réussit, on a souvent l’impression d’être invincible et que cet état durera indéfiniment. De manière générale, gardez toujours à l’esprit que toute souffrance et que tout bonheur ont une fin. La vie a une fin. Comme dit Jordan Peterson: « La vie est difficile, et à la fin, on meurt. » Memento mori (souviens-toi que tu vas mourir) est une notion fondamentale de la philosophie.
N’oubliez jamais le caractère vaniteux des choses et de la vie.

21 minutes 34: « Si je monte dans la voiture c’est pour la conduire. »

Belle image selon moi pour exprimer un principe très simple. Lorsque l’on s’engage à participer à un projet, il faut donner le meilleur de soi même. Le seul moyen de réussir est d’incarner ce projet. Il n’y a pas d’autres solutions que de le diriger.

Soit quelqu’un vous oblige à faire quelque chose, soit vous faites cette chose parce que vous le voulez et que vous l’avez décidé. A votre avis, dans quelle situation allez-vous vous investir pleinement et réussir? Bien entendu, dans la deuxième.
J’ai monté mes deux premiers business parce que je le voulais vraiment; ils me tenaient à cœur et je les incarnais, je mettais toute mon énergie et toute mon âme à les monter (ces deux business furent des échecs, je vous en parlerai dans un futur article). J’y travaillais plusieurs heures par jour, sans m’en lasser, et même, en y prenant du plaisir.

Comment réussir sa vie
Qui ne voudrait pas être au volant d’un tel véhicule?

Lorsque je fais d’autres tâches « obligatoires » qui me sont dictées par un autre, je tire partie de la situation en faisant miennes ces tâches, comme si je les remplissais parce que je l’avais initialement voulu. C’est le seul moyen de les incarner et de faire le travail comme il se doit; je n’ai jamais ressenti la même chose lorsque je devais travailler parce que quelqu’un m’avait dit de le faire.

Lorsque vous prenez le volant de votre vie, vous prenez le volant de toutes les tâches que vous devez accomplir et êtes responsable de tous les obstacles que vous devez éviter. Il n’y a pas d’alternatives. Incarnez vos projets, mettez-y tout votre cœur et ne laissez personne vous placer sur le siège passager.

28 minutes 16: « J’ai aimé Jacques Chirac […], j’ai combattu Jacques Chirac […]. Vous dites que c’est contradictoire, je ne sais pas, mais s’il y a bien quelque chose qui n’est pas logique, ce sont les sentiments.

J’ai toujours trouvé les rivalités belles. Une âpre lutte entre deux personnes, des coups, des blessures, de la sueur et du sang, mais à la fin, toujours le respect, l’admiration et l’amour. C’est ce qui me passionne dans les sports de combats. Deux combattants sur le ring se saluent, se frappent et se démolissent pendant plusieurs rounds. Il y a toujours un gagnant et un perdant, mais qu’importe le résultat, il n’y a rien de plus beau que de voir les deux combattants s’enlacer et se montrer de l’affection mutuelle.

C’est un principe vrai pour les luttes physiques comme pour celles de l’esprit. On passe son temps à lutter contre soi-même et c’est ce qu’il faut faire. En revanche, il ne faut jamais être dégoûté de cette lutte mais au contraire, l’aimer, l’admirer et la respecter. C’est dans l’épreuve et la rivalité que les valeurs nobles de l’Homme se révèlent. Parce qu’au final, ça fait partie de la vie, et forcément, vous retrouverez toujours cette lutte dans n’importe quelle période de votre vie. Apprenez à aimer ce que vous combattez, parce que l’amour est aussi importante que la lutte.

Comment surmonter les épreuves
Rien de plus beau que deux combattants qui se respectent mutuellement.

Deuxième point de cette citation: n’essayez pas constamment d’analyser vos sentiments, d’essayer de les comprendre, dans la plupart des cas, vous n’y arriverez même pas. Faites-vous confiance et vivez.

37 minutes 18: « On ne change pas, on renaît. Pour renaître, il faut avoir le sentiment d’avoir rencontré la petite mort, professionnelle, affective, la maladie. Parfois je rencontre des gens et je me dis « il a un courage fou » […] Mais au fond il y a une grâce dans des événements que vous considérez comme cataclysmiques pour vous; mais si vous avez l’énergie, il y a une possibilité de renaître […]

C’est probablement le moment qui m’a le plus marqué dans son passage, puisqu’il évoque un principe qui est peut-être bien plus l’un des plus fondamentaux dans la vie. Regardez autour de vous, combien de personnes connaissez-vous qui sont passées par des épreuves très dures? Rupture d’une longue relation, chômage longue durée, maladie ou mort d’un proche… Combien d’entre eux ont pu vraiment supporter et aller par delà ces épreuves, sans trop y laisser de plumes et surtout, et c’est là toute la profondeur, en ressortir grandit, en renaissant? Bien peu, trop peu, et voilà le problème.
La plupart des gens se laissent abattre par des mauvaises nouvelles ou par des événements terribles; c’est naturel de se sentir mal dans ces moments là, on est humain après tout. Mais ce qui est Humain, trop Humain (pour reprendre Nietzsche), c’est de prolonger ces mauvais moments.

Il faut avoir ce courage fou, cette volonté qui relève parfois de l’instinct de survie pour s’en sortir. Est-ce votre cas? Repensez à toutes vos déceptions, à tous les coups durs de la vie qui vous ont frappé. Comment avez-vous réagi? Nietzsche disait dans Ainsi Parlait Zarathoustra que « plus un arbre monte dans le ciel, plus ses racines s’enfoncent dans le sol », et également que, pour apprécier toute la noblesse des sentiments humains, il fallait connaître les plus noirs et les plus sombres qui sommeillent en nous.

Soyons comme le lézard qui, pour survivre, change de peau. Notre renaissance est ce changement de peau suite à des événements catastrophiques qui nous tombent dessus, mais auxquels nous devons faire face.

On ne change jamais, il est vrai, nous ne faisons que renaître. Les nouvelles perspectives qui se profilent après une tempête dormaient simplement en nous, elles attendaient de pouvoir éclore.

38 minutes 11: « Souvent on me dit: Comment il [Nicolas Sarkozy] peut vivre sans la politique. Je ne peux pas vivre sans la vie. […] La vie c’est tellement dure, parce que au fond, la vie, c’est attendre la prochaine épreuve; c’est une succession d’épreuve. Le bonheur n’est pas dans l’épreuve évité. [….] Au fond, la vie mérite d’être vécu.

Criant de vérité. Une vie sans épreuves n’existe pas, et même si elle existait, qui voudrait la vivre? Qui désirerait réussir tout ce qu’il entreprend, toujours connaître le succès, toujours faire le bon choix, ne jamais s’énerver, ne jamais être déçu… Personne. La peur, l’échec, la déception, le doute, le stress… tous ces sentiments nous font sentir en vie et nous en avons besoin. Jean de la Fontaine écrivait dans la fable La mort et le bûcheron:

« Mais ne bougeons d’où nous sommes,
Plutôt souffir que mourir,
C’est la devise des hommes. »

Certains détestent la douleur, détestent subir des épreuves et les craignent; ils sont heureux lorsque leur vie coule tranquillement. Mais au premier choc, le navire tangue et manque de sombrer.
Les épreuves sont une chose de la vie, il faut les accepter et il faut les aimer, les respecter. Comme dit plus haut, c’est dans la lutte et le combat que nous nous forgeons, et pour en tirer le maximum, il faut en être conscient, et la conscience nous pousse à remercier les épreuves et parfois même, à les demander!

Je suivais un programme de sport très exigeant, un « fat burning » dispensé par un coach sur Youtube; le programme durait 15 minutes et les participants devaient terminer un circuit sans faire de pause. Entre chaque exercice, il fallait faire la planche; pour les sportifs qui lisent cet article, vous savez de quoi je parle. A chaque fois que je faisais la planche, le coach disait « respect the plank », respecte la planche. Je ne sais pas pourquoi, cela m’a toujours fait rire et je me le répétais systématiquement lorsque je faisais cet exercice, et je l’endurais plus facilement.

Lorsque Nicolas Sarkozy dit qu’il ne peut pas vivre sans la vie, j’interprète ses paroles dans ce sens: « Je ne peux pas vivre sans me sentir vivant, je ne peux pas vivre sans douleur comme je ne peux pas vivre sans joie. Tout ce qui fait partie de la vie, je le respecte et l’aime, même si je dois lutter. Je ne peux pas vivre sans ce constant chamboulement, sans ces constantes renaissances que nous devons mener à bien chaque mois, chaque semaine et chaque jour. »

Comment être heureux
La vie vaut la peine d’être vécue. Comprendre ça, c’est la clé du bonheur.

J’espère que cet article vous a été utile et que vous avez appris des choses. Vous pourrez retrouver la vidéo ici , il y a encore d’autres principes que je n’ai pas relevé, libre à vous de le faire (et je vous le recommande).

En conclusion:

  • N’ayez pas peur d’avoir des sentiments et surtout, partagez-les avec vos proches et vos amis.
  • Lorsque vous êtes le leader, ou que vous êtes amené à prendre des décisions, prenez-les! Vous devez être en mesure de répondre aux questions et vous ne devez jamais en poser à ceux qui croient vous.
  • Memento mori! Souvenez-vous que tout à une fin. Restez humble, profitez de ce que vous faites mais n’oubliez pas que c’est éphémère et surtout, vous aurez toujours besoin de reconstruire.
  • Incarnez les projets que vous portez, c’est le seul moyen d’atteindre vos objectifs. Vous êtes derrière le volant, ne laissez personne vous le prendre et diriger à votre place. Faites les choses parce que vous en avez envie. Si vous ne les faites pas de votre propre initiative, alors arrangez-vous pour faire comme si c’était le cas.
  • Luttez, combattez âprement, mais aimez et respectez ce que ou qui vous combattez. La lutte vous élève, soyez en conscient et reconnaissant.
  • Surmontez les chocs, les crises et autres événements troublants, sortez en plus fort, renaissez, ne vous laissez jamais abattre.
  • La vie n’est pas la vie sans les peines et les joies. Aimez tout ce qui fait partie de la vie puisque dans tous les cas, vous n’y échapperez pas. Apprenez à danser sous la pluie. La vie vaut la peine d’être vécu.

AIT-SALEM Massiva

Publié par massivaaitsalem

Etudiant en Relations Internationales à Paris. Passionné de philosophie, de littérature et d'art.

2 commentaires sur « La philosophie de Nicolas Sarkozy »

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